Tampu tocco, Machu Picchu et les mystères des cités incas

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Partie II : Découverte d'une forme architecturale

Les cités incas et les animaux sacrés

Les incas vénéraient plusieurs animaux sacrés. A l’étranger, le plus connu d’entre eux est surement le condor, en raison de son envergure et de sa présence unique dans cette partie du globe.
Toutefois les incas vénéraient d’autres animaux : le puma, le caïman…
Certaines de leurs cités furent construites en s’inspirant de la forme d’animaux, comme c’est le cas pour la forteresse de Sacsayhuaman, près de Cuzco, dont le nom signifie en quechua « Faucon satisfait ». Contrairement à ce que suggère son nom, cette forteresse à la forme d’une tête de puma, le corps étant la ville de Cusco.
Une autre cité de la vallée sacrée, Pisac, dont le nom fait référence à une espèce de perdrix aujourd’hui disparue, a la forme d’un oiseau.
A Machu Picchu, certains distinguent dans la cité la forme d’un Caïman, la forme d’un Condor, ou encore un Puma dessiné sur la paroi de la montagne.
La découverte décrite dans cet article indique que la dernière de ces hypothèses est fausse, à savoir la forme globale identifiée comme un condor en plein vol (visible sur la figure 1).

La découverte d’une nouvelle forme pour la cité

La découverte présentée dans cet article porte principalement sur cette erreur liée à la forme de la cité. Elle découle d’une observation faite le 24 novembre 2008, depuis le sommet du Huayna Picchu.
La forme de la cité est celle d’un oiseau mais il ne s’agit pas du condor communément accepté. Cette forme est mise en évidence sur la figure 2.

La forme est facilement observable depuis le sommet du Huayna Picchu, point de vue logique ayant certainement servi à sa planification. L’oiseau est donc présenté de profil, posé, ailes non dépliées, le regard orienté vers le chemin de l’Inca et Cuzco. Les lignes intérieures principales de la cité, délimitant les différentes zones ou groupe architectural, servent à en préciser la forme. L’aile est constituée de l’Intihuatana et des quartiers religieux. La Tombe Royale et le temple du soleil, seul mur circulaire de la cité, se trouvent au cœur du dessin. Les pattes de l’oiseau sont délimitées par les quartiers des paysans, le torse par les terrasses. On trouve dans la cuisse des bâtiments fortifiés et surélevés. La précision dans le dessin de la cité ne laisse aucun doute quant à la volonté de ses bâtisseurs. Autre fait remarquable, alors que les terrasses sont quasiment toutes de la forme de quadrilatères, une terrasse située au niveau de la tête possède la forme précise d’un œil.

A la différence de celle du condor de la figure 1, elle concorde davantage avec les motifs géométriques incas et les représentations d’oiseaux dans l’art inca. En outre, l’oiseau est dessiné dans le sens de la montagne, ses pattes à l’altitude la moins élevée, sa tête à l’altitude la plus élevée, à l’inverse du dessin du condor qui est « à l’envers ».

Le Machu Picchu est bel et bien un magnifique exemple du talent des bâtisseurs incas. La perfection dans la forme de la cité le prouve. Réussir, dans un lieu aussi reculé et difficile d’accès, à construire à la fois une cité d’une telle envergure et suivant un schéma de construction à la fois précis et artistique, est une incroyable prouesse.

Cette forme, plus logique que celle d’un condor en vol, ouvre de nouveaux axes de réflexion concernant la cité. Elle contient peut-être la clé permettant de l’identifier.

De nouvelles informations sur la cité suite à cette découverte

D’une part, les plans de la cité ont été dessinés pour être vu depuis le sommet du Huayna Picchu et ont surement été dessinés depuis cet endroit. La présence de bâtiments au sommet a permis aux incas d’observer les travaux et de les diriger. Garcilasso de la Véga, un contemporain des incas, écrivit d’eux qu’ils étaient experts en topographie, en s’appuyant sur le fait qu’ils aient réussi à réaliser un plan en relief de la ville de Cuzco, en reproduisant fidèlement les places, les bâtiments, les rues(5)… La construction de la cité ayant pris plusieurs années, l’existence d’un plan de construction est fort probable. Fait intéressant, un dessin d’oiseau se trouve sur une des pierres au sommet du Huayna Picchu. On peut le voir sur la figure 3. Il pourrait s’agir d’un test ou d’un modèle. Une étude plus précise est requise dans la zone du Huayna Picchu.

D’autre part, on peut penser que la cité n’a jamais été destinée à s’agrandir une fois la forme désirée obtenue. Ce n’était donc pas une ville sujette à accueillir de nouveaux habitants en grand nombre. Par contre, la cité peut avoir été l’extension d’une ville plus petite dès l’instant où, lorsque l’extension fut décidée, le plan final était déjà connu. Dans ce cas de figure, on peut supposer qu’une partie de taille modeste de la cité actuelle constitue la cité d’origine.

Enfin, comme l’indique le dessin, pour en comprendre le sens, il faut considérer la cité dans sa globalité et non pas seulement la partie habitée pour en comprendre le sens. C’est seulement grâce à chaque partie du dessin que la cité prend la forme d’un oiseau. Il faut éviter le piège actuel qui est d’observer la cité depuis la Maison du Gardien, lieu d’observation privilégié des touristes, pour vraiment considérer la cité dans son ensemble, tel que l’on peut l’observer du Huayna Picchu. Ainsi, on remarque qu’une zone de la cité, aujourd’hui très mal interprétée, semble avoir un rôle majeur : la partie située au niveau de la tête de l’oiseau. On y trouve une kallanka, la terrasse en forme d’œil, la Maison du gardien, une construction cubique dont l’utilité est aujourd’hui encore inconnue, une roche funéraire, un cimetière et deux séparations. Alors que beaucoup d’archéologues soulignent l’importance de l’Intihuatana par sa position la plus élevée de la cité, ils ne prennent pas en considération la zone des terrasses. Or cette zone autour de la terrasse en forme d’œil est la plus élevée de la cité. Les zones de la cité semblent avoir une importance régie par leur position dans le dessin. Par exemple la tombe royale et le temple du soleil sont situés dans le cœur, les quartiers religieux dans l’aile.

Trois faits intéressants s’ajoutent à l’indice donné par la position dans le dessin de la cité. Premièrement, une incohérence concernant la Maison du Gardien. Elle est considérée comme un lieu de surveillance mais ne possède aucune fenêtre donnant de la visibilité sur le chemin d’entrée de la cité. Deuxièmement, la fonction de la structure cubique, construction proche du cimetière et face à la maison du Gardien, n’a jamais été identifiée. Enfin, la structure supérieure, une kallanka qui forme le sourcil de l’œil dans la forme, est d’ordinaire située au niveau de la place principale des cités incas. On peut donc présumer que la terrasse en forme d’œil est reliée à des évènements qui réunissaient de nombreuses personnes et qu’elle possède une importance supérieure à celle admise aujourd’hui. Son étude pourrait nous éclaircir sur le rôle de la cité à l’époque incas.

La découverte de cette forme d’oiseau change la compréhension de la cité mais la donnée principale manquante à ce stade est l’identité de l’oiseau représenté par le dessin. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’un condor, les proportions ne correspondant pas à l’animal. La réponse à la question de l’identification de cet autre oiseau sacré pourrait être déterminante pour déterminer l’identité de la cité.

(5) Comentarios Reales de los Incas, Garcilaso de la Vega, 1609

Les oiseaux sacrés chez les Incas

Nous pouvons retrouver des indications sur les oiseaux sacrés de la culture inca dans les textes et légendes de l’époque. Notons deux oiseaux dont on ne connait ni l’espèce exacte ni la forme. Ce sont des oiseaux associés à des légendes.
Le premier, issu des légendes locales, est Pilco (ou jaccachu, akakllos, llak'heto), capable par le suc qu'il sécrétait, de dissoudre la pierre et d'en faire une pâte pouvant être moulée.
Le second est Qoriquenke, dont le nom figure dans une légende sur Pisac. Les textes donnent peu d’indice permettant d’identifier d’avantage ces deux oiseaux et ils ne semblent pas faire l’objet de culte chez les incas.

Nous avons écarté le condor dont la forme et la position ne correspondent pas avec celles du dessin. Au travers des récits de plusieurs auteurs, il semblerait que le condor ne soit pas l’oiseau le plus présent dans les légendes et les célébrations incas de l’époque mais d’avantage le faucon.

On retrouve dans les écrits de nombreuses références à des statuettes de faucon utilisées dans les cérémonies pour désigner certains soldats de rang supérieur dans l’armée inca ou pour en décorer les boucliers. On retrouve aussi le mot faucon, huaman en queshua, dans le nom de certaines constructions importantes comme Sacsahuaman ou Huamantiana (Le faucon satisfait ou le trône du faucon).

Or, le caractère sacré du faucon semble fortement lié au personnage de Manco Capac, le premier inca, et de ses ancêtres, les Amautas. Il est fort probable qu’ils aient conservé le caractère sacré de cet oiseau dans la culture inca. Il est dit dans les légendes Incas que Manco Capac, né à Tampu Tocco, fut désigné et accompagné par Inti (ou Indi), un faucon appartenant à ses ancêtres Amautas. Ce faucon qui l’accompagna dans sa quête était son huauque (frère ou compagnon, âme sœur). L’animal était considéré comme sacré ou enchanté et il devint un oracle à partir du règne de Mayta Capac (6).

Si nous comparons la forme à celle d’un faucon, et plus particulièrement au faucon Perdiguero (fig. 4), un faucon des Andes et contemporain des incas, on peut trouver une ressemblance. La posture vigilante et d’observation est une posture classique chez le faucon. En outre, la forme de la terrasse située en aval de celle en forme d’oeil peut représenter la différence de coloration du plumage de cet oiseau (fig 4).

(6) Handbook of Inca Mythologie, Paul Steele, 2004, ABC CLIO, p108

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fig. 1
Forme du condor actuelle


fig. 2
Forme de l'oiseau découverte


fig.3
Sculpture en forme d'oiseau


















































fig.4
Faucon Perdiguero





 
     
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